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23 juillet 2009 4 23 /07 /juillet /2009 14:20
Oscar Dufrenne était un directeur de salle de spectacles et un homme politique français du début du XX siècle né à Lille en 1875.



Oscar Dufrenne s'essaye à la chanson avant de devenir impresario du chanteur Mayol. Dans ses mémoires, ce dernier raconte :

"(...) à la suite d'une association avec André Grandjean, il venait de monter sa première affaire de tournée théâtrale. Cela ne lui a pas trop mal réussi puisque Dufrenne est maintenant directeur du Palace, de l'Empire...et propriétaire du Concert Mayol (...) C'est dans l'un des spectacles qu'il monta ainsi, que débuta, d'abord comme acteur, ensuite comme auteur, un jeune garçon : Henri Varna, devenu aujourd'hui l'un de nos producers les plus estimés, et le bras droit de Dufrenne dans la plupart de ses opérations."

Dufrenne dirigea également le Moncey Music-Hall, l'Alcazar, les Bouffes du Nord, le Bataclan et le Casino de Paris. Dans les années 20, il fut Président du Syndicat des Directeurs de spectacles de France puis conseiller municipal de la ville de Paris.

Il signa plusieurs revues avec Varna qui furent interprétées par Mistinguett, Joséphine Baker ou Marie Dubas.

 

 

Sa mort défraya la chronique. On retrouva son corps dans son bureau du Palace le 25 septembre 1933. Le crime ne fut jamais élucidé bien qu'un amant de passage fut soupçonné ou cela est-il en lien avec l'affaire Stavisky?

Henri Varna lui succéda à la tête du Casino de Paris.





source: http://parisobs.nouvelobs.com/hebdo/parution/p402_2295/articles/a386703-.html

Le Palace : du sang sur les paillettes


Alors qu'elle rouvre ses portes, la célèbre salle reste hantée par un meurtre perpétré il y a 75 ans : l'assassinat de son directeur Oscar Dufrenne. Un crime jamais élucidé.

 


Le Palace : du sang sur les paillettes

Pendant la période music-hall, toutes les stars de l'époque y chantaient : Maurice Chevalier, Carlos Gardel, la Môme Moineau...

Les habitués du Palace aiment le rocambolesque mais ils ne s'attendaient certainement pas à celui-là. Ce 25 septembre 1933 vers minuit trente, le comptable du music-hall cinéma du 8 rue du Faubourg-Montmartre (9e) toque à la porte du directeur de l'établissement. Pas de réponse. Il entre et aperçoit sur le sol un corps, caché sous une carpette. On appelle la police en urgence. Pas de doute sur l'identité de la victime : il s'agit d'Oscar Dufrenne, 58 ans, assassiné dans son propre bureau vers 22 h 30. Blessé au crâne par dix-sept coups de queue de billard, le directeur est mort étouffé sous la carpette. Absorbé par le film qui était projeté ce soir-là, le public n'a vu ni entendu quoi que ce soit qui puisse aider les enquêteurs.
Le lendemain, le tollé est énorme. Dufrenne, ce n'est pas n'importe qui dans le Paris d'alors. Ce prince de la nuit vibrionne aussi d'activités le jour : conseiller municipal radical-socialiste du 10e, conseiller général du département de la Seine, président du Syndicat des directeurs de spectacles, arbitre au tribunal de commerce, mécène de diverses oeuvres de bienfaisance... Une sacrée réussite pour cet imprésario né à Lille dans un milieu modeste et qui, depuis 1914, avait su redonner de l'éclat à plusieurs grands établissements de la capitale : le Concert Mayol, le Casino de Paris, l'Empire et bien sûr le Palace. C'est lui qui a fait redécorer la salle du Palace en rose-rouge et l'a éclairée somptueusement. La soirée inaugurale a d'ailleurs frisé l'émeute et depuis, le succès ne s'est plus démenti. Lors des obsèques de Dufrenne, les actualités cinématographiques s'attardent sur le visage éploré d'un élégant quadra, Henri Varna, associé du défunt et compagnon en titre. Varna est un travailleur acharné, qui écrit et met en scène des revues, imaginant sans cesse de nouveaux tableaux. Au Palace, il a engagé les plus grands de l'époque : Maurice Chevalier, les Dolly Sis- ters, le clown Grock, Carlos Gardel (l'icône du tango argentin), la Môme Moineau... A la ville, le couple Dufrenne-Varna est plutôt du genre libre. On sait notamment que le premier aime hanter les promenoirs, ces couloirs situés au fond de la salle qui constituent, comme dans tous les music-halls de l'époque, des lieux de chasse et de flirts plus ou moins poussés pour les amateurs de bagatelle, des deux sexes, tarifée ou non. Pour éviter les débordements que la morale réprouve, la préfecture de police de Paris a d'ailleurs donné des instructions aux ouvreuses : elles doivent laisser les veilleuses des promenoirs allumées. Mais bien souvent, Oscar Dufrenne leur demande de les éteindre pour aller faire ses petites affaires.
C'est là précisément, pense- t-on, que le directeur aurait rencontré son assassin. Car les familiers du directeur, le secrétaire «particulier» Serge Nicolesco, et l'associé Varna en savent un peu plus qu'ils ne le laissent en- tendre à la police la nuit même. Ils soupçonnent notamment un marin qui, le soir du meurtre, a accompagné le directeur dans son bureau. Mais par peur du scandale, on ne parlera du marin que le lendemain matin. Aux enquêteurs, les ouvreuses de l'établissement avouent alors avoir aperçu, trois jours avant le drame, un jeune homme habillé en marin. Il se tenait au promenoir et Dufrenne était venu le retrouver comme une vieille connaissance, l'emmenant dans son bureau pour lui laisser une invitation (un «billet de faveur»). C'est ce second rendez- vous qui lui a été fatal. Si les proches renâclent à livrer des détails personnels, la vie privée du directeur du Palace est bien connue dans le milieu du spectacle et la presse s'en donne à coeur joie avec des allusions à peine voilées. On brode sur la scène du crime à laquelle personne n'a pourtant assisté. Le directeur «n'a pu être tué sans bruit que grâce à la position dans laquelle il se trouvait au moment du drame», écrit «l'Appel». En clair, on imagine que la victime se livrait à une fellation lorsqu'elle a été assommée... Les témoignages se contredisent et l'enquête s'enlise bientôt dans le quartier des prostituées de Toulon, où Dufrenne, en vacances l'été précédent à Cannes, aurait pu faire la connaissance du marin.
Une partie du public s'amuse à traquer le coupable parmi quelques célébrités repérées comme efféminées, et les chansonniers y vont de leurs couplets satiriques. Pendant ce temps, la police continue son travail de fourmi. Elle finit, grâce à un indicateur, par identifier un certain Paul Laborie, 23 ans, marin démobilisé et «pédéraste professionnel». Mais l'homme a déjà fui à Barcelone, nouvelle capitale des plaisirs et sûr refuge pour les hors-la-loi. Dénoncé un an après les faits par une maîtresse jalouse, Laborie est arrêté. Extradé vers Paris, il ne cesse de clamer son innocence. L'interrogatoire révèle néanmoins que le suspect a un lourd passé : condamné à plusieurs reprises pour des affaires de trafic de stupéfiants, de proxénétisme, de recel, de port d'armes, il est connu dans le milieu parisien sous le sobriquet de «Paulo les belles dents».
A l'automne 1935, le procès Laborie s'ouvre. Malgré les fortes présomptions qui pèsent sur lui, la fragilité des preuves, le soutien de ses amis, les déclarations théâtrales et souvent contradictoires des témoins, tout comme l'ambiance carnavalesque des audiences (la presse évoque «une atmosphère de boîte de nuit») conduiront à son acquittement. Une rumeur persistante insinue même que Laborie est un coupable fabriqué, afi n de protéger le fi ls d'un important politicien. Au final, «l'affaire Dufrenne» ne sera jamais élucidée. Après la mort de son directeur, la vie du Palace, rebaptisé un temps Alcazar de Paris, deviendra plus terne. Comme si Oscar Dufrenne avait emporté la joie, l'insouciance et la folie dans la tombe.

 

Martin Pénet
Paris Obs
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